Peuples de Tanzanie : 120 ethnies, une mosaïque culturelle vivante
Plus de 120 groupes ethniques cohabitent en Tanzanie, ce qui en fait l'une des nations les plus diverses du continent africain. Les peuples de Tanzanie se répartissent en quatre familles linguistiques — bantoue, nilotique, couchitique et khoisan — réunies sous une même langue véhiculaire, le swahili, héritage de la politique d'Ujamaa portée par Julius Nyerere après l'indépendance de 1961. Des Hadzabe chasseurs-cueilleurs du lac Eyasi aux Sukuma du lac Victoria, des Chagga du Kilimandjaro aux Swahilis de Zanzibar, ce guide vous présente les groupes que vous croiserez en safari, leurs savoir-faire et les bonnes pratiques de rencontre.
Une diversité ethnique sans équivalent en Afrique de l'Est
Quatre grandes familles linguistiques structurent la population tanzanienne et expliquent à elles seules la profondeur culturelle du pays. La Tanzanie compte officiellement plus de 120 groupes ethniques recensés, sans qu'aucun ne dépasse environ 16 % de la population — un équilibre démographique exceptionnel à l'échelle du continent, où l'on observe rarement une telle absence de majorité dominante. Cette mosaïque trouve son origine dans plusieurs vagues de peuplement successives, depuis les chasseurs-cueilleurs khoisanides présents depuis des dizaines de milliers d'années, jusqu'aux derniers arrivants nilotiques entre le XVe et le XVIIIe siècle.
La répartition géographique des familles linguistiques recoupe assez fidèlement les milieux écologiques : les Bantous occupent les zones de cultures pluviales et les rives du lac Victoria, les Nilotiques pasteurs investissent les steppes semi-arides du nord, les Couchitiques tiennent les hautes terres tempérées de la vallée du Rift, et les rares groupes khoisanides survivent dans les zones de brousse les moins propices à l'agriculture intensive. Cette logique d'occupation territoriale a façonné des spécialisations économiques complémentaires, sources d'échanges interethniques anciens.
| Famille | Peuples emblématiques | Mode de vie dominant | Origine et arrivée |
|---|---|---|---|
| Bantoue (majoritaire) | Sukuma, Chagga, Haya, Makonde, Nyamwezi, Gogo, Zaramo | Agriculture, élevage mixte | Afrique centrale, environ 2 000 ans |
| Nilotique | Maasaï, Datoga, Barbaig | Pastoralisme semi-nomade | Vallée du Nil, XVe-XVIIIe siècle |
| Couchitique | Iraqw, Gorowa, Burunge | Agriculture en terrasses, élevage | Corne de l'Afrique, plus de 2 000 ans |
| Khoisanide | Hadzabe, Sandawe | Chasse-cueillette, langues à clics | Habitants les plus anciens de la région |
La coexistence pacifique de cette mosaïque doit beaucoup à la politique d'Ujamaa menée par Julius Nyerere après l'indépendance. En consacrant le swahili comme langue nationale dès 1967, en interdisant les partis à base ethnique et en généralisant l'enseignement primaire dans cette langue véhiculaire, Nyerere a forgé une identité tanzanienne qui transcende les appartenances claniques. Le pays n'a pas connu de conflit ethnique d'envergure depuis son indépendance, à l'inverse de plusieurs voisins d'Afrique de l'Est et des Grands Lacs. Cette stabilité reste l'un des atouts majeurs de la destination safari.
Les Hadzabe : derniers chasseurs-cueilleurs d'Afrique de l'Est
Les Hadzabe, parfois appelés Hadza, comptent parmi les peuples les plus étudiés de la planète parce qu'ils perpétuent un mode de vie disparu partout ailleurs. La population totale est estimée entre 1 000 et 1 500 individus, concentrée autour du lac Eyasi, dans la dépression entre le Ngorongoro et la vallée du grand rift est-africain. Une fraction seulement — quelques centaines de personnes — vit encore selon le mode traditionnel intégral de chasse à l'arc et de cueillette de tubercules, de baies et de miel sauvage.
Leur langue, le Hadzane, intrigue les linguistes : c'est un isolat sans aucune parenté établie avec les autres familles linguistiques connues. Le système de clics consonantiques rappelle superficiellement les langues khoisan d'Afrique australe, mais les comparaisons génétiques et lexicales conduites depuis les années 1960 n'ont jamais permis d'établir une filiation. Le Hadzane se transmet exclusivement à l'oral, ce qui fragilise sa survie au fur et à mesure que la jeunesse hadzabe se sédentarise et bascule vers le swahili scolaire.
La structure sociale des Hadzabe frappe par son égalitarisme radical : aucun chef permanent, aucune hiérarchie héréditaire, aucune propriété privée durable hormis quelques outils personnels. Les groupes mobiles rassemblent 20 à 30 personnes qui se recomposent à volonté, chacun étant libre de quitter un campement pour rejoindre un autre. Les anthropologues y voient un modèle social proche de celui qu'auraient connu nos lointains ancêtres avant la révolution néolithique.
La pression foncière exercée par l'avancée des éleveurs datoga, des cultivateurs iraqw et des concessions agricoles privées menace cependant les terres de chasse traditionnelles. Le titre foncier collectif accordé en 2011 à une partie du territoire hadzabe constitue une avancée juridique, mais l'application reste fragile face aux empiétements. Pour aller plus loin, consultez notre article complet sur les Hadzabe du lac Eyasi.
Les Datoga : pasteurs et forgerons de la savane
Les Datoga, également connus sous les noms de Barabaig ou Mang'ati, forment un peuple nilotique d'environ 90 000 à 100 000 personnes installé entre le lac Eyasi, le lac Balangida et la plaine de Yaeda. À la fois éleveurs de bétail et métallurgistes, ils occupent une niche économique unique dans la région : la fabrication de bijoux et de pointes de flèches à partir de laiton et de cuivre recyclés. Ce savoir-faire les place au cœur d'un commerce interethnique qui les relie depuis des siècles aux Hadzabe voisins.
Les forgerons datoga transforment des douilles de cartouches, des câbles électriques mis au rebut et de vieux objets en cuivre en bracelets spiralés, bagues ouvragées et pendentifs aux motifs géométriques. Les pointes de flèches qu'ils produisent sont échangées contre du miel sauvage et de la viande boucanée fournis par les Hadzabe : un troc traditionnel toujours actif, qui structure encore une part des relations économiques autour du lac Eyasi.
Sur le plan visuel, les Datoga se reconnaissent immédiatement à leurs tatouages circulaires autour des yeux et sur les tempes, scarifications réalisées au charbon dès l'adolescence. Les femmes portent des jupes en cuir tanné agrémentées de perles, des colliers serrés en spirale sur le cou et de lourds bracelets en laiton qui peuvent peser plusieurs kilos par bras. Cette parure annonce le statut matrimonial et le rang dans le clan.
Sur le plan religieux, les Datoga pratiquent un culte des ancêtres très vivace, fondé sur des sacrifices de bétail et la consultation de devins masculins, les ghadyirochand, lors des grandes décisions communautaires. Notre dossier détaillé sur les Datoga explore leurs techniques de forge, leur spiritualité et les défis fonciers liés à la pression des éleveurs maasaï et des projets agro-industriels.
Les Chagga : peuple agricole du Kilimandjaro
Les Chagga, ou Wachagga, constituent le troisième groupe ethnique tanzanien avec une population estimée entre 1,5 et 2 millions de personnes. Installés sur les pentes méridionales et orientales du Kilimandjaro, entre 1 100 et 1 800 mètres d'altitude, ils ont édifié l'une des civilisations agricoles les plus sophistiquées d'Afrique de l'Est, fondée sur la culture du café arabica, de la banane et d'un éventail de cultures vivrières.
Le système agricole chagga, appelé kihamba, fait figure de référence en matière d'agroforesterie tropicale. Sur des parcelles familiales transmises de génération en génération, parfois étagées sur cinq ou six niveaux, les Chagga cultivent simultanément caféiers, bananiers, légumes-racines, légumineuses et arbres fruitiers. Cet étagement reproduit la structure d'une forêt naturelle, retient l'eau de pluie sur les pentes et fournit toute l'année une production diversifiée — un modèle étudié par les agronomes de la FAO comme exemple d'adaptation au changement climatique.
Sur le plan historique, les Chagga ont creusé aux XVIIIe et XIXe siècles un réseau remarquable de tunnels souterrains défensifs destinés à se protéger des raids maasaï et des incursions coloniales. Certains de ces ouvrages, longs de plusieurs centaines de mètres, se visitent aujourd'hui à Marangu et à Old Moshi : galeries étroites, puits d'aération, chambres de stockage et issues de secours témoignent d'une ingénierie collective remarquable.
Reconnus pour leur investissement précoce dans l'éducation — missions luthériennes et catholiques implantées dès la fin du XIXe siècle —, les Chagga sont aujourd'hui surreprésentés dans l'administration tanzanienne, l'enseignement supérieur, les affaires et les professions libérales. La culture chagga reste marquée par la mbege, bière de banane traditionnelle servie dans les rituels familiaux et les négociations matrimoniales. Notre article dédié aux Chagga détaille leur histoire, leurs clans et leur culture contemporaine.
Les Sukuma : la plus grande communauté de Tanzanie
Les Sukuma forment le premier peuple de Tanzanie en nombre, avec une population estimée entre 8 et 9 millions de personnes, soit environ 15 à 16 % de la population nationale. Ils occupent une vaste zone au sud et à l'est du lac Victoria, principalement dans les régions de Mwanza, Shinyanga, Simiyu et Geita. Leur économie associe l'agriculture vivrière et de rente — coton, riz, maïs, manioc, patate douce — à un élevage bovin important, vestige d'une longue tradition pastorale héritée des contacts anciens avec les pasteurs nilotiques.
Le terme « Sukuma » signifie littéralement « peuple du nord » dans leur propre langue, en référence à leur position géographique par rapport aux Nyamwezi, leurs cousins du sud avec lesquels ils partagent une origine commune et une intelligibilité linguistique partielle. La densité de population autour de Mwanza, deuxième agglomération du pays, fait de la région sukuma l'un des poumons économiques de la Tanzanie et la principale zone de production cotonnière du pays.
Les Sukuma se sont rendus célèbres par leur tradition de danse compétitive. Les deux grandes sociétés rivales, Bagalu et Bagika, s'affrontent lors de festivals annuels où la virtuosité chorégraphique s'accompagne de chants en chœur, de costumes élaborés et parfois de démonstrations spectaculaires impliquant des serpents vivants, des objets enflammés ou des animaux dressés. Ces compétitions, héritées des cérémonies d'initiation, rassemblent aujourd'hui des milliers de spectateurs et figurent parmi les manifestations culturelles les plus vibrantes du pays.
La société sukuma reste structurée autour de chefferies héréditaires, les batemi, et d'un système de justice coutumière qui coexiste avec le droit moderne. Le musée Bujora, ouvert près de Mwanza par les missionnaires catholiques en concertation avec les anciens du peuple, conserve depuis les années 1950 un patrimoine remarquable d'instruments, de costumes et d'archives sonores. Pour les voyageurs prolongeant leur safari par une étape sur les rives du lac Victoria, cette visite ouvre une fenêtre rare sur un univers culturel trop souvent éclipsé par la notoriété maasaï.
Les Iraqw : agriculteurs couchitiques de Karatu
Les Iraqw, dont le nom se prononce « Iraq-ou », constituent un peuple couchitique estimé à plus de 600 000 personnes, établi dans les hautes terres de Karatu, à mi-chemin entre l'aire de conservation du Ngorongoro et le lac Manyara. Leur présence sur ces terres remonte vraisemblablement à plus de 2 000 ans, bien avant l'arrivée des Bantous et des Nilotiques, ce qui en fait l'une des plus anciennes populations sédentaires de la région et un repère précieux pour les linguistes couchisants.
Sur les pentes escarpées de leur territoire, les Iraqw ont développé un système de terrasses agricoles et un réseau de canaux d'irrigation qui leur permettent de cultiver blé, orge, oignons, pommes de terre et haricots à plus de 1 500 mètres d'altitude. La région de Karatu fournit aujourd'hui une part importante des légumes consommés à Arusha et dans les lodges du circuit nord. Le paysage agricole — patchwork de parcelles cultivées, de bouquets d'eucalyptus et de ruisseaux canalisés — rappelle par endroits l'Éthiopie ou certaines vallées méditerranéennes.
L'architecture traditionnelle iraqw mérite une mention particulière : les habitations semi-souterraines, appelées tembe, étaient creusées à flanc de colline et recouvertes d'un toit de terre planté d'herbes. Elles offraient une protection efficace contre la chaleur diurne, le froid nocturne d'altitude et les attaques de peuples voisins, en particulier des Maasaï. Très rares aujourd'hui en habitat permanent, elles se visitent au sein de l'« Iraqw Cultural Village » près de Karatu.
La langue iraqw, l'iraqw, est l'une des plus parlées du sous-groupe couchitique méridional et conserve un riche corpus oral de contes, devinettes et chants de travail. Le festival annuel du Marang, qui célèbre la nouvelle année agricole par des danses et des sacrifices rituels, offre une fenêtre privilégiée sur cette culture trop souvent éclipsée par la notoriété des Maasaï voisins.
Les Haya : innovateurs sidérurgiques du lac Victoria
Les Haya, environ 2 millions de personnes, peuplent la rive occidentale du lac Victoria, dans la région de Kagera, aux confins de l'Ouganda et du Rwanda. Ce peuple bantou est associé à une découverte archéologique majeure : les fouilles conduites par l'archéologue Peter Schmidt dans les années 1970 à Kemondo Bay ont mis au jour des fourneaux à tirage forcé indiquant une maîtrise de la production d'acier au carbone il y a près de 2 000 ans, soit bien avant la diffusion de procédés sidérurgiques comparables en Europe.
Sur le plan politique, les Haya ont longtemps été organisés en royaumes (obukama) dirigés par des rois sacrés, les bakama, dont le pouvoir spirituel et judiciaire structurait la vie communautaire. Si l'indépendance et la politique d'Ujamaa ont aboli la royauté politique en 1962, les structures cérémonielles, les tombeaux royaux et les figures rituelles traditionnelles continuent d'encadrer mariages, funérailles et fêtes saisonnières.
La région haya est aussi l'un des berceaux historiques du café robusta. Bien avant l'arrivée des Européens, les grains étaient mâchés directement ou consommés en décoction au cours des rituels d'hospitalité, et accompagnaient les pactes d'alliance et de fraternité de sang. Aujourd'hui, la culture du café reste la principale ressource d'exportation de Kagera, en complément d'une bière de banane traditionnelle appelée lubisi, indissociable des cérémonies familiales et religieuses.
La vannerie haya, tressée à partir de fibres de bananier, de papyrus et de raphia teints à l'aide de pigments végétaux, est reconnue comme l'une des plus fines d'Afrique de l'Est. Les paniers à couvercle conique, les nattes de cérémonie et les coupes de table figurent parmi les objets d'artisanat les plus recherchés du pays, et plusieurs coopératives féminines exportent leur production via les boutiques équitables d'Arusha et de Dar es Salaam.
Les Swahilis : civilisation marchande de l'océan Indien
La civilisation swahilie naît du métissage, sur plus d'un millénaire, entre les peuples bantous de la côte est-africaine et les marchands arabes, persans, indiens et indonésiens qui sillonnaient l'océan Indien au gré des moussons. De ce brassage est née une langue, le swahili (ou kiswahili), lingua franca aujourd'hui parlée par plus de 150 millions de personnes en Afrique de l'Est et adoptée comme langue officielle par la Tanzanie, le Kenya, l'Ouganda et plusieurs organisations régionales.
Les anciennes cités-États swahilies de Tanzanie témoignent de cette splendeur passée. Kilwa Kisiwani, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981, a contrôlé du XIIe au XVe siècle une grande partie du commerce de l'or, de l'ivoire, du cuivre et des esclaves de l'océan Indien occidental. Les ruines de la grande mosquée à coupoles, de l'imposant palais Husuni Kubwa et des entrepôts attestent d'une architecture maritime d'une élégance singulière.
Bagamoyo, Pangani et surtout Zanzibar conservent un patrimoine architectural exceptionnel : portes sculptées en bois de teck cloutées de cuivre, ruelles étroites de Stone Town également classée à l'UNESCO depuis 2000, mosquées en pierre de corail et baraza, ces bancs de pierre encastrés en façade des maisons où s'organisent les discussions quotidiennes. La culture matérielle swahilie a inscrit dans le paysage urbain un art de vivre fait de patience, de protocole et de courtoisie.
La culture swahilie continue d'imprégner profondément la gastronomie tanzanienne — pilau aux épices, biryani, samoussas, plats de poisson au lait de coco, pâtisseries au sucre roux —, la musique (taarab orchestral hérité de la cour d'Oman, bongo flava contemporain qui domine les ondes urbaines) et la poésie classique des tendi. Plusieurs composantes du patrimoine immatériel swahili, dont le savoir-faire de la navigation à voile dhow, sont inscrites au registre de l'UNESCO.
Autres peuples remarquables à connaître
Au-delà des grandes communautés présentées plus haut, plusieurs peuples méritent une attention particulière par leur singularité historique ou artistique. Les Nyamwezi, surnommés « peuple de la lune », ont été les grands commerçants caravaniers de la Tanzanie centrale au XIXe siècle, organisant les routes de l'ivoire et du caoutchouc entre l'intérieur du continent et la côte. Cousins linguistiques des Sukuma, ils restent installés autour de Tabora et conservent un riche corpus musical et oral.
Les Gogo, peuple du plateau central autour de Dodoma, sont réputés pour leur musique polyrythmique fondée sur le xylophone marimba, le tambour ngoma et le chant de tradition, étudiée par l'ethnomusicologie depuis les années 1930. Le compositeur Hukwe Zawose a fait connaître au monde leur registre musical avant son décès en 2003. Les Makonde, installés sur le plateau du même nom dans le sud-est du pays, sont mondialement célèbres pour leurs sculptures en ébène : œuvres figuratives shetani aux silhouettes torturées, statues ujamaa évoquant l'arbre de vie communautaire — autant de pièces que vous retrouverez dans notre rubrique artisanat et souvenirs de Tanzanie.
Plus discrets, les Sandawe partagent avec les Hadzabe l'usage de clics consonantiques et ont pratiqué la chasse-cueillette jusqu'à une époque récente ; leurs peintures rupestres de Kondoa-Irangi sont classées au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2006 et offrent un témoignage saisissant de l'art préhistorique africain. Les Pare, qui occupent les monts du même nom entre Kilimandjaro et Usambara, ont développé un système d'irrigation gravitaire sophistiqué et une forge traditionnelle réputée pour ses lames et ses houes.
Enfin, les Zaramo, peuple dominant de Dar es Salaam et de son arrière-pays, sont connus pour leurs sculptures rituelles mwana hiti, petites figurines de fertilité transmises de mère en fille et utilisées lors des rites d'initiation féminine. Les Bena, Hehe et Nyakyusa du sud-ouest, voisins des hauts plateaux de l'Iringa et du Mbeya, complètent ce panorama d'une diversité que peu de pays africains parviennent à présenter avec autant de richesse sur un seul territoire.
Rencontrer les peuples de Tanzanie en safari
Le Cultural Tourism Programme, lancé par les autorités tanzaniennes et la coopération néerlandaise (SNV) dans les années 1990, coordonne aujourd'hui plus de cinquante initiatives de tourisme communautaire à travers le pays. Le principe est clair : les visites sont gérées par les villages eux-mêmes, qui reversent une part fixe au comité communautaire pour financer école, dispensaire, micro-crédit ou adduction d'eau. C'est la garantie la plus solide d'une rencontre respectueuse et économiquement utile.
Sur le circuit nord, la quasi-totalité des grands itinéraires safari permet d'intégrer une ou plusieurs visites culturelles sans bouleverser la logistique. Le tableau ci-dessous récapitule les rencontres les plus emblématiques, leurs durées et les fourchettes de prix par personne, en euros, observées en haute saison auprès des prestataires labellisés.
| Lieu | Peuple rencontré | Durée | Prix par personne |
|---|---|---|---|
| Lac Eyasi | Hadzabe et Datoga | Demi-journée à journée | 50 à 75 € |
| Aire de conservation du Ngorongoro | Maasaï | 1 à 2 heures | 20 à 28 € |
| Moshi / Marangu | Chagga | Demi-journée | 30 à 56 € |
| Karatu (Iraqw Cultural Village) | Iraqw | 2 à 3 heures | 15 à 23 € |
| Stone Town, Zanzibar | Swahilis | Demi-journée guidée | 25 à 45 € |
Bon à savoir. Trois règles simples vous aideront à choisir une expérience éthique. Vérifiez que la visite est labellisée Cultural Tourism Programme ou organisée par une ONG identifiable. Demandez à votre agence le détail de la rémunération du village, distinct du pourboire individuel. Évitez les arrêts photo improvisés vendus par les chauffeurs-guides en bord de piste, qui n'apportent rien d'autre qu'un revenu ponctuel et déstabilisateur. Pour les principes plus larges, reportez-vous à notre guide du tourisme responsable.
Côté comportement, plusieurs usages se respectent strictement : demander toujours l'accord avant de photographier une personne, ne pas distribuer de bonbons ni d'argent aux enfants, accepter le rythme proposé par les hôtes plutôt que d'imposer un calendrier de visite minuté. Les rites en cours — funérailles, cérémonies d'initiation, prières — ne se photographient pas sans autorisation explicite des anciens, et certains lieux sacrés restent fermés aux visiteurs même labellisés.
Une visite réussie ne se mesure ni au nombre de clichés rapportés ni à la quantité d'objets achetés, mais à la qualité du temps partagé. Pour beaucoup de voyageurs, ces rencontres deviennent les souvenirs les plus marquants d'un safari en Tanzanie, parfois davantage encore que les grands moments faune. La combinaison d'un guide-traducteur local, d'un horaire respectueux du quotidien villageois et d'une rémunération transparente du village constitue le triptyque d'une expérience véritablement réciproque.
Questions fréquentes sur les peuples de Tanzanie
Quel est le plus grand peuple de Tanzanie ?
Les Sukuma forment le groupe ethnique le plus nombreux du pays, estimé entre 8 et 9 millions de personnes, soit environ 15 à 16 % de la population tanzanienne. Ils occupent les terres au sud et à l'est du lac Victoria, principalement dans les régions de Mwanza, Shinyanga, Simiyu et Geita. Agriculteurs du coton, du riz et du maïs et éleveurs de bétail, ils restent paradoxalement bien moins connus des voyageurs que les Maasaï du circuit nord.
Depuis quand les Hadzabe vivent-ils autour du lac Eyasi ?
Les Hadzabe perpétuent autour du lac Eyasi un mode de vie de chasseurs-cueilleurs dont la continuité génétique remonte à plusieurs dizaines de milliers d'années, selon les travaux conduits notamment par les équipes de l'université de Stanford et du Max Planck Institute. Leur ADN figure parmi les plus diversifiés au monde, ce qui en fait l'une des plus anciennes lignées humaines continues attestées. Leur langue, le Hadzane, est un isolat linguistique sans parenté établie avec aucune autre famille connue.
Peut-on rencontrer plusieurs peuples dans un même safari ?
Oui, le circuit nord classique combine en 7 à 10 jours plusieurs cultures. Vous croisez les Maasaï dans l'aire de conservation du Ngorongoro, les Hadzabe et les Datoga au lac Eyasi, les Iraqw à Karatu et les Chagga sur les pentes du Kilimandjaro. La plupart des tour-opérateurs intègrent ces visites culturelles à un itinéraire faune sans surcoût significatif, à condition de réserver à l'avance et de privilégier des prestataires labellisés Cultural Tourism Programme.
Quelles différences entre les Maasaï et les Datoga ?
Les Maasaï et les Datoga sont tous deux des pasteurs nilotiques, mais leurs cultures divergent nettement. Les Datoga maîtrisent la métallurgie et fondent le laiton recyclé en bijoux et pointes de flèches, un savoir-faire totalement absent chez les Maasaï. Ils portent des tatouages circulaires autour des yeux et s'organisent en clans patrilinéaires, là où les Maasaï structurent leur société autour de classes d'âge initiatiques et d'un système de moranisme guerrier.
Les visites de villages sont-elles respectueuses des communautés ?
Tout dépend du prestataire. Les visites gérées directement par les communautés, sous l'égide du Cultural Tourism Programme tanzanien, reversent l'essentiel des revenus aux habitants et respectent leur dignité. À l'inverse, les arrêts impromptus vendus par certains chauffeurs-guides en bord de piste relèvent souvent du folklore extractif. Privilégiez les programmes officiels et demandez à votre agence un détail clair de la rémunération du village.
Votre safari sur mesure en Tanzanie
Recevez un devis personnalisé sous 48h. Gratuit et sans engagement.